ECCLESIA : UN PROJET POUR CREER UN ETAT-NATION SANS FRONTIERES SINCEREMENT DEMOCRATIQUE

 

A l’heure où nos principaux canaux médiatiques plébiscitent largement les opinions réactives, faiblement construites ainsi que l’invective stérile, c’est-à-dire qui ne concoure à la naissance d’aucun projet d’embellissement de la société, l’auteur des quelques lignes à suivre rappelle ce qui devrait être une évidence dans la plupart de nos rapports humains :  nul être ne peut se targuer de posséder la Vérité. Aussi, précise-t-il qu’il n’a aucune autre prétention que de se servir de sa subjectivité pour décrire le monde tel qu’il le perçoit et tenter de trouver des solutions aux maux les plus profonds tels qu’il les perçoit. Le débat entre plusieurs subjectivités sincères, acceptant de laisser leur égo de côté pour atteindre la logique et la raison doit permettre d’itérer sur les propos énoncés, et d’atteindre le consensus. Dans ces conditions seulement, l’Homme peut se transcender pour atteindre une forme de Vérité supérieure susceptible de servir ses intérêts les plus profonds.

Une écrasante majorité de nos médias actuels, qu’ils soient officiels ou alternatifs, ne sont pas adaptés au respect des principes énoncés ci-dessus car ils refusent le « temps long » nécessaire pour qu’une pensée humaine propose ou réagisse avec pertinence. Ils refusent également très largement de renouveler le panel des orateurs et s’attachent à mettre en lumière une poignée de personnalités que nous connaissons tous. Pourtant, l’humanité est composée de huit milliards d’êtres humains. Pourtant, notre espèce est dotée d’un capital de huit milliards de cerveaux, tous capables de penser des idées susceptibles de changer le monde. Malgré ces barrières, le projet Ecclésia,  collectif d’anonymes, tente de proposer publiquement un projet de transformation sociétale au bénéfice de chacun.

Notez que l’article que vous allez lire est le fruit d’une réflexion citoyenne. Il ne revêt pas de caractère ou d’ambition académique. En conséquence, il n’a pas prétention à être parfait. Il peut comporter des erreurs qui ne sauraient être amplifiées par nos détracteurs que dans un but malhonnête. L’erreur est le propre de l’Homme, les intentions, même brutes, sont à considérer avec plus d’attention que nos imperfections.

 

La problématique commune qui nous sépare de notre cause commune…

« Année 2023, planète terre, quelque part en mer….

Vous êtes le passager d’un bateau en perdition dont la coque est flanquée du nom « 5e République des mers ». Vous naviguiez jusqu’alors dans une quiétude relative, les nombreux divertissements proposés à bord réussissaient à occulter l’inconfort des couchettes troisième classe, et le gin tonic de l’espace bar vous permettait de rester pusillanime lorsque survenaient des dissensions entre certains passagers et le personnel de bord.

Dernièrement, vous remarquiez, non sans une pointe d’agacement il est vrai, des changements dans l’attitude de la plupart des membres de l’équipage vis-à-vis des passagers. Cela commença bien sûr avec les troisièmes classes puis, progressivement, les secondes classes furent elles-mêmes concernées. Un jour, pour une raison inconnue, le capitaine demanda l’arrêt des moteurs et il fut ordonné aux plus valeureux des populations les moins fortunées de construire et mettre en œuvre un système à rames en composant avec les moyens humains et matériels à bord. Une fois le nouveau système mis en place, il fut demandé à l’ensemble des troisièmes et deuxièmes classes d’intervenir par roulement d’équipes de jour et de nuit afin d’aider le navire à progresser vers sa destination grâce à la force de leurs bras.

Au début, cela indigna une grande partie des passagers et des pourparlers eurent lieu avec le capitaine. Les troisièmes et deuxièmes classes élurent donc naturellement leurs représentants pour négocier avec le plus haut sommet de la hiérarchie à bord. Heureusement, une entente fut trouvée et l’on décida d’octroyer au comité représentant les rameurs les meilleurs des outils afin d’apaiser les tourments de l’âme. On leur concéda d’abord des heures de délégation en lieu et place des heures qu’ils occupaient jadis à ramer aux côtés de leurs camarades. Objectif : veiller à ce que chaque membre des troisièmes et deuxièmes classes soit entendu périodiquement par « un des leurs » sur les conditions de son labeur.  Il fut, de surcroît, décidé d’étendre gracieusement les abonnements aux chaines de télévision privées aux deuxièmes et troisièmes classes afin de leur offrir les moyens « les plus dignes » pour se divertir après chaque roulement d’équipe de rameurs. Ainsi, tout le monde à bord put se gargariser d’œuvrer pour le rapprochement des classes et de lutter contre les « inégalités sociales ».

Un jour, alors que vous sortez sur le pont pour profiter d’une pause bien méritée de cinq minutes entre deux roulements d’équipe, vous surprenez un échange des plus intrigants entre le capitaine et un membre de première classe. Ils évoquent la possibilité que le bateau n’atteigne jamais sa destination car, après tout, le nouveau système orchestré d’une main de maître par le capitaine semble constituer la meilleure harmonie possible sur terre et sur mer « … ou tout du moins une harmonie constituée au mieux de ce que nous puissions faire » concède le capitaine.

Déboussolé, vous réalisez alors que vous ne vous étiez encore jamais posé la question de la finalité de votre présence à bord : « pourquoi diable ai-je embarqué sur ce bateau ? ». Malgré vos efforts pour recouvrer vos facultés de mémoire, vous ne parvenez pas à en trouver le sens profond. Qu’importe ! vous vous dites que la fabuleuse histoire que vous vivez sur ce navire, la seule véritable histoire que vous ayez connu de toute votre vie, peut bien compenser cet apparent vide de sens. Car après tout, vous savourez intérieurement la mémoire des longues heures de vie que vous avez sacrifié à faire avancer le bateau vers sa destination inconnue et vous vous rappelez avec joie les innombrables moments passés devant votre poste de télévision à regarder vos sketchs et émissions préférés en boucle. Vous vous souvenez même qu’en quelques rares occasions vous vous êtes surpris à sauter au cou d’un de vos congénères afin de fêter les victoires de l’équipe officielle de baby-foot du navire. Enfin, vous ne pouvez pas vous empêcher de reconnaitre que les portraits des prédécesseurs du capitaine, tous exposés dans la salle commune du navire, revêtent à vos yeux et probablement aux yeux de vos congénères, une aura indescriptible, une sorte d’effluve sacrée des temps anciens qui, admettons-le, ont quelque chose de très « noble et seigneurial ». Vous estimez que tous ces éléments de votre mémoire sont constitutifs d’une histoire unique, toute singulière, presque héroïque, et que les codes sociétaux proposés par le navire valent bien mieux que de déchiffrer la raison de votre présence à bord.

Quelques semaines plus tard et pour une raison qui vous échappe, le bateau semble se mettre à couler lentement, alors même que vous semblez vous situer en pleine mer et qu’une nuit d’un noir opaque est tombée depuis plusieurs heures déjà. Une menace semble mettre en péril le navire : Hommes et rats sont pris dans le même piège. Stupéfait, vous ne pouvez que constater les réactions très différentes à bord.

Une grande partie de vos congénères parait ne pas saisir le danger à venir. Ils continuent au choix de ramer inlassablement vers une destination inconnue ou se prélassent devant leur écran de télévision après ce qui leur a semblé être une journée de labeur particulièrement difficile et intense : « rien ni aucune cause ne mérite désormais mes efforts ». Alors que vous parcourez le navire en quête de solutions et que ce dernier commence à tanguer pour progressivement former un angle inquiétant, vous entrapercevez brièvement une horde de joyeux supporters exultant devant le formidable spectacle offert par la finale de la coupe des mers de baby-foot. Quant aux premières classes, au comité de représentation des rameurs ainsi qu’au capitaine, inutile de compter sur eux. Tous les membres du navire savent que se déroule en ce moment même une réunion au sommet au sujet de la planification des prochains roulements de rameurs. Inutile de déranger de si hauts gradés pour si peu.

D’un autre côté, quelques passagers semblent être davantage lucides sur la situation. Une partie d’entre eux entreprennent de mettre la main sur les réserves de gilets de sauvetage fluorescents mais l’escadron d’équipage spécialisé dans la répression des mutineries les assaillent à coup de matraque. D’autres préfèrent miser sur les autorités présentes à bord afin d’organiser un sauvetage d’envergure. Alors que le bateau tangue de quinze degrés, ils entreprennent de faire signer une pétition afin d’alerter le capitaine du navire sur la situation. Ils partent ainsi en quête de quelques ramettes de papier afin d’y imprimer leur cri de ralliement. Certains individus, sans idées face à ce désastre mais parlant plus fort que d’autres, indiquent qu’il est préférable d’organiser un dernier repas convivial afin de faire vibrer, une dernière fois, de bonnes ondes qui seront d’autant plus vibrantes que le gargouillis des digestions sera collectif. Ceux-là partent en direction des cuisines. Désormais réunis autour d’un cercle restreint de clairvoyants vous décidez collectivement que la meilleure manière de faire avancer les choses est encore d’alerter ceux qui ne voient pas le désastre en marche. Après tout, charge à la masse grouillante la plus nombreuse possible, qui a su être si perspicace par le passé pour organiser l’harmonie à bord, de trouver une solution qu’une poignée n’a pas souhaité prendre le temps d’identifier par elle-même. Vous tentez donc d’haranguer publiquement vos congénères en réponse à quoi la masse grouillante vous lâche une lapidaire diatribe : « complotistes ! ». Le bateau tangue à trente degrés.

Soudain, alors même que le cafouillage des aveuglements, des tergiversations et des bavardages semble à son paroxysme, jaillit au loin la lumière d’un phare. Après avoir effectué quelques tours sur elle-même, la source de cette lumière en propulse un jet flamboyant vers le ciel. Vous plissez les yeux pour voir se détacher sur la surface lisse des nuages les inscriptions suivantes : « RIC CONSTITUANT ». Eblouis, vous détournez le regard et vos yeux se posent successivement sur les portraits rutilants des prédécesseurs au capitaine du navire, puis sur les hordes de supporters à l’équipe de baby-foot, puis sur la cabine du capitaine fermée à clés et enfin sur le hublot de votre propre cabine d’où s’échappent des halos lumineux projetés par l’écran de votre télévision restée allumée. En un quart de seconde, vous décidez que la chose la plus importante au monde est d’atteindre le rivage d’où est projetée cette fantastique lumière qui se reflète dans le ciel, peu importe après tout le devenir de ce vieux rafiot. Vous vous tournez vers vos partenaires dans cette misère. Ceux-ci sont en train d’organiser des ateliers visant à écrire sur des bouts de papier ce qu’ils feront une fois qu’ils auront rejoint ce merveilleux phare qu’ils aperçoivent au loin. Il reste quinze minutes pour agir avant que le navire sombre définitivement. Vraisemblablement, écrire sur un papier votre vie rêvée ne vous permettra pas d’atteindre ce phare. La seule question pertinente, légitime et urgente vous semble alors limpide : quel est le meilleur moyen de permettre au plus grand nombre de passagers possible de relier le navire en perdition avec cette lumière si intense qui brille au loin. Commence alors l’aventure #Ecclésia. »

 

Le projet Ecclésia : une des façons de gagner les rivages du RIC Constituant

Plus qu’un concept, le projet Ecclésia propose d’explorer les voies de la raison afin de solutionner la problématique exposée brièvement à la fin du texte de fiction que vous venez de lire : comment traverser la mer qui sépare notre navire/nation en perdition afin de gagner le rivage d’une société plus juste, où chacun renoue avec les fondements de la démocratie : pouvoir de penser, pouvoir de parler, pouvoir de délibérer et d’agir. Le projet Ecclésia se fixe pour ambition de déchiffrer le plus possible ce à quoi pourrait ressembler l’aventure qui nous sépare d’une société intégrant le RIC Constituant dans ses fondamentaux.

Ainsi, je n’argumenterai pas ici les raisons pour lesquelles le RIC Constituant représente un phare dans la nuit, pas plus que je n’argumenterai les raisons pour lesquelles un regain de puissance citoyenne directe est vital pour notre espèce. Ces différents points ont été décrits avec force détails et de façon admirable par une flopée d’auteurs que nous ne lisons que trop peu : Cornelius Castoriadis, Etienne Chouard, Moses Finley, Raul Magni-Berton, Clara Egger, Alexis de Tocqueville, Montesquieu, Rousseau, Thucydide pour ne citer qu’eux. Aussi, je laisse à d’autres la tâche qui vise à rendre ce phare encore plus lumineux et crédible, car j’estime ne pas avoir beaucoup plus à ajouter à ce qui a déjà été formulé sur ce sujet. Si le concept même de politique peut se décrire par le « logos » d’une part (la pensée et la parole) et par la « praxis » d’autre part (action pratique, non contemplative et transformant son sujet), c’est davantage sur la mise en pratique de la pensée sincèrement démocratique que je vous propose de mettre l’accent le temps de cet article. Comment mettre concrètement en œuvre, dès demain si possible, un système politique dont les rouages démocratiques seront ceux que l’ensemble des démocrates sincères plébiscitent depuis si longtemps ? Une des propositions de réponse à cette question, qui n’est théoriquement pas la seule, porte le nom de « Projet Ecclésia ».

Entendons-nous bien, à ce stade de l’avancée de nos travaux, les membres du projet Ecclésia prétendent amorcer la réflexion et proposer quelques fragments de réponse que nous espérons enrichir rapidement grâce au concours du plus grand nombre (vous qui lisez ces lignes en l’occurrence !). L’auteur de cet article encourage donc fortement le lecteur à se rapprocher des membres de l’Ecclésia pour contribuer à ce projet qui, à des années lumières d’être un objet de possession dont les initiateurs se sentent les propriétaires exclusifs, tient d’avantage d’une idée « open source », que chacun est libre de s’approprier et de faire avancer. Dit autrement, le projet Ecclésia a pour objectif de solutionner notre problématique commune (Comment créer un environnement propice à la mise en place d’un système plus sincèrement démocratique ?) et nous conduire à l’atteinte concrète et effective de notre « cause commune » (un pouvoir direct des citoyens sur le contenu de la constitution).

Pour qui souhaite avec la détermination la plus implacable et le plus rapidement possible, mettre en œuvre une constitution dont l’ensemble des citoyens seraient à la fois les artisans et les maitres, la réflexion est celle exposée ci-après. En dépassionnant le débat, on se rend vite compte qu’il existe objectivement deux possibilités pour que le peuple reprenne la main sur la constitution.

La première consiste à parier sur une impulsion ayant pour épicentre l’intérieur même du système en place, c’est-à-dire en ce qui concerne la France, la cinquième république. Les défenseurs de cette approche utiliseront ainsi les canaux traditionnellement proposés par le système : élections et pétitions en premier lieu. Parier sur cette solution, c’est faire le choix de croire qu’un système politique ayant été façonné, depuis ses fondements (la constitution de 1958), pour priver les citoyens d’un espace d’expression significatif puisse se mettre spontanément à générer un effet politique positif représentant l’antipode de ce pourquoi il a été créé. Plus concrètement, en se basant sur les termes de l’article 89 de la constitution française, parier sur cette solution c’est faire le choix de croire que le président de la république, dont la fonction est traditionnellement occupée par ce que le système des partis politiques produit de mieux en matière de narcissisme et de nihilisme politique, choisisse en pleine conscience de remettre en question les termes exacts de la constitution qui déterminent la dichotomie entre les élites dotée d’une puissance politique effective (pensée, parole, action) et le peuple privé de sa voix. De surcroit, on peut estimer qu’un mode d’action qui implique l’approbation de nos maitres est tout à fait contraire aux valeurs qui sous-tendent le RIC Constituant : une émancipation politique dont le sujet seul devrait être l’acteur.

La deuxième possibilité consiste à s’extraire du système politique actuel (l’Etat) et de créer un nouveau système de toutes pièces afin de s’offrir une « carte blanche » nous permettant de mettre en place, avec nos propres cerveaux et nos propres bras, les mécanismes démocratiques auxquels nous aspirons depuis longtemps : le RIC Constituant bien sûr mais pourquoi pas aussi d’autres idées telles que le tirage par le sort, les chambres du RIC, la révocabilité des représentants, le mandat impératif, etc. Bien que, comme toute solution en ce bas monde, celle-ci implique l’existence de multiples obstacles qu’il sera nécessaire d’anticiper et de franchir, elle a le mérite d’aligner parfaitement l’acte d’obtention de multiples avancées démocratiques avec le principe d’autonomie dans l’émancipation politique. Cette solution a le mérite de vous placer dans la posture d’un enfant devenant adulte. Personne ne demande d’autorisation formelle à ses parents pour quitter le monde de l’adolescence. De la même façon, nous n’avons pas à demander d’autorisation formelle pour devenir des citoyens disposant du pouvoir de codécider les règles de vie en communauté. C’est là qu’intervient l’idée du projet Ecclésia : construisons nous-même un nouvel Etat libre, possiblement doublé d’une nouvelle nation, afin de nous octroyer cette fameuse carte blanche qui nous permettra de devenir adultes politiquement.

 

Faut-il renier notre nation Historique pour créer un nouvel Etat-Nation libre ?

L’Homme a ceci de particulier que, enfant, il semble généralement nouer une relation et un attachement quasi viscéral à ses géniteurs. Ces derniers œuvrent de façon plus ou moins délibérée à l’édification du cadre plus ou moins robuste qui berce les premières années d’existence de l’Homme : règles, exécution des règles, punitions, opinions et propagande, apprentissage des arts et techniques, etc. Tout semble alors exister harmonieusement jusqu’à ce que l’enfant devenu adolescent, puis l’adolescent devenu adulte, prenne progressivement conscience de la finitude des choses. D’abord horrifié par les implications très concrètes de cette prise de conscience, il n’est pas rare de voir l’enfant se réfugier dans les bras de ses parents pour leur dire qu’il ne veut jamais les voir mourir. Chez certains, cette prise de conscience génèrera d’autres comportements tels que la colère franche ou la dénégation de la réalité. Pourtant, malgré les réactions quasi instinctives de l’enfant, force est de constater que ses parents vieillissent, que ceux-ci se fatiguent suffisamment pour finalement atteindre une situation par laquelle ils ne parviennent plus à remplir aussi efficacement qu’auparavant leurs objectifs premiers d’éducateur. Les règles imposées à l’enfant devenu adulte ne fonctionnent plus aussi bien face à un individu conscientisé et les hobbies et codes culturels proposés par ses parents paraissent désormais désuets aux yeux de leur descendance devenu un être social, ayant développé ses propres relations et centres d’intérêt.

A bien y réfléchir, un processus d’éducation-émancipation relativement similaire à celui décrit ci-dessus semble s’appliquer aux concepts de citoyenneté et de nation à la différence notable que le sujet de l’étude porte, en l’occurrence, non pas sur un individu unique (l’enfant) mais sur une foule, dont la somme des membres produit un comportement collectif qui s’apparente, dans son rapport aux institutions politiques, à celui d’un enfant assujetti à l’autorité de ses parents ou à celui d’un adulte capable d’émancipation (étant entendu que de tels comportements ou variations de comportements s’apprécient à l’échelle de plusieurs générations). Cette similitude, nous pouvons d’abord l’identifier dans le fait que, à l’image de nos parents, la nation nous offre un cadre plus ou moins bien pensé pour nous permettre de construire notre « personnalité collective ». Ce cadre est d’ailleurs très similaire à celui créé par des parents : système de règles, système d’exécution des règles, justice, opinions et propagande, éducation, etc. Soulignons également qu’à l’image de parents capables de proposer une éducation au service ou au détriment de leur héritiers, ce cadre peut-être, au choix, très émancipateur ou à l’inverse il peut contraindre l’individu à la sujétion. En outre, à l’image de parents vieillissant, les nations peuvent aussi décliner à un degré tel qu’elles ne soient plus en pleine capacité de produire les bénéfices que leurs citoyens sont en droit d’attendre d’elles (exemple : incarner la liberté, l’égalité et la fraternité). Les cadres nationaux les plus émancipateurs iront jusqu’à favoriser la naissance de nouvelles nations, non pour supplanter les nations historiques, mais bien pour permettre à tout groupe de citoyens devenus adultes politiquement qui en exprimerait le souhait, de créer une structure dotée d’un pacte social davantage aligné avec leurs valeurs et leur vision toute singulière du monde. A l’inverse les cadres nationaux enclins à la sujétion auront tendance à limiter les capacités d’émancipation de leurs citoyens. Les systèmes nationaux les plus avancés dans la sujétion des peuples iront même jusqu’à configurer la pensée du citoyen de sorte que lui-même refuse toute perspective d’émancipation politique et nationale. Il n’est donc pas rare qu’à l’instar de l’enfant qui refuse de percevoir la vulnérabilité et la finitude de ses parents, le citoyen non émancipé, refuse de percevoir la finitude de la nation. Il n’est pas rare que celle-ci soit vue comme un objet immuable, intemporel, qui perdurera aussi longtemps que la terre tournera. Et pourtant, nombre d’historiens, penseurs et chercheurs spécialisés dans les questions relatives à la formation des nations et à la création des identités nationales, nous indiquent que tout comme l’Homme, les nations naissent, vivent et meurent. Le simple constat que les nations telles que nous les connaissons connurent rétrospectivement dans l’Histoire de l’Homme l’état de ne pas être, puis celui d’être, doit nous permettre de percevoir en quoi elles ne sont pas des objets immuables, en quoi il est possible de faire avec, comme il est possible de faire sans. A l’image du passage entre l’enfance et l’âge adulte, notre émancipation politique, notre émancipation citoyenne, ou plus prosaïquement notre émancipation en tant qu’Homme doit nécessairement passer par cette acceptation de la finitude des nations.

Alors à la question « faut-il renier notre nation Historique pour créer un nouvel Etat-Nation libre ? », je serais tenté de répondre « faut-il renier nos parents lorsque nous devenons des adultes émancipés ? » ou bien encore « faut-il renier l’héritage de nos parents lorsque nous devenons des adultes émancipés ? ». Nécessairement le lien de filiation qui existe entre une nation historique et une nouvelle nation libre implique la transmission de codes culturels qui, loin d’annihiler les identités historiques, viennent au contraire les diffuser dans de nouvelles sphères nationales, voire les enrichir grâce à une conception humaniste neuve : celle qui reconnait à chaque groupe d’être humain qui le souhaite, la possibilité de s’émanciper sans violences.

Vers une sécession « soft » …

Lorsqu’un individu souhaite s’émanciper pour ne plus vivre sous le joug de ses parents, la majorité des situations lui permet de le faire sans altercation physique. En première analyse, ou tout du moins si l’on se borne à une analyse historiographique, il ne semble pas en être de même en ce qui concerne l’émancipation des citoyens vis-à-vis de leur nation historique. Et pourtant !…

Pour créer un nouvel Etat destiné à faire de nous des sujets politiques émancipés, nous avons objectivement deux possibilités. La première consiste à faire sécession et à revendiquer l’occupation d’un territoire qui « appartenait » jusqu’ici à un autre (notez que je place entre guillemets le mot « appartenait » pour souligner ma désapprobation vis-à-vis des comportements qui poussent certains êtres humains à marquer un territoire dès que l’opportunité se présente). Cette solution implique bien évidemment une escalade militaire et la présence d’une ligne de front aux bornes du territoire dont il est question. Il est facile d’identifier plusieurs problèmes philosophiques et stratégiques majeurs qui en font une mauvaise solution. D’abord, on peut légitimement se demander si la totalité des habitants du territoire faisant l’objet d’une annexion adhèrent au projet politique porté par les individus en quête d’un pacte social qui leur ressemblerait davantage. N’en déplaise à tous ces Hommes ayant de l’inclination pour la domination de leur prochain, ce n’est pas parce que vous entreprenez la conquête d’un territoire que cela modifie spontanément les opinions de ses habitants en ce qui concerne l’organisation de la vie en collectivité. Ernest Renan observait en son temps qu’« une nation n’a pas plus qu’un roi le droit de dire à une province : « tu m’appartiens, je te prends. » Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu’un en cette affaire a droit d’être consulté, c’est l’habitant. ». Ensuite, on peut évidemment questionner le bien-fondé d’une solution qui viserait à faire couler « le sang, la sueur et les larmes ». Outre l’évidence, à savoir que la privation de la vie constitue la forme ultime de sadisme pour l’individu bien vivant qui l’inflige à autrui, il faut de surcroît préciser que rares sont les sujets qui parviennent à bénéficier d’une émancipation politique dans la mort (sauf à penser qu’il est préférable que la mémoire d’un Homme bénéficie d’honneurs post mortem qu’il ne sera pas parvenu à conquérir de son vivant). Enfin, Il faut aussi souligner que la revendication d’un territoire par la force est stratégiquement une mauvaise idée dans le cas d’une sécession survenant sur un territoire dont les forces armées sont puissantes et capables de mobiliser un réseau d’alliés dont l’hégémonie militaire ne fait pas débat.

La deuxième possibilité pour créer un Etat émancipateur n’est pas sans soulever de vives interrogations pour qui est habitué à se représenter le monde sous l’angle d’une tablette de chocolat sécable à répartir de façon non uniforme entre plusieurs peuples selon des règles floues, éloignées de la raison et servant les intérêts de chacun de façon asymétrique. Cette possibilité consiste à créer un Etat-Nation sans frontières, c’est-à-dire un Etat et une Nation mis en place en s’affranchissant intégralement de toute notion de territoire, de toute velléité d’occupation du sol, de toute propension à dominer celui qui ne veut pas être gouverné par d’autres. Cette solution présente des avantages philosophiques et stratégiques multiples qui semblent prédisposer favorablement la réussite d’un projet d’émancipation politique. Tout d’abord, en l’absence de frontières et en l’absence de territoire à convoiter, il y a aussi nécessairement absence de conflit armé, il y a absence de guerre. Or en l’absence de guerre, il y a présence d’individus bien vivants qui concourent à l’édification d’un projet d’embellissement de la société. Nous n’avons pas besoin de voir mourir les individus qui nous proposent une voie d’émancipation, nous avons besoin de les avoir en bonne santé, près de nous. Imaginez le nombre de vies que nous aurions pu épargner depuis les débuts de l’Histoire de l’humanité si ces êtres humains enclins à la domination de leurs congénères s’étaient jadis ressaisis dans le but de comprendre que l’invention du concept de frontières, loin d’apporter des bénéfices si évidents à l’espèce humaine, était en réalité de nature à fabriquer par la même occasion le concept de guerre et ses innombrables relents morbides. Par ailleurs, et quand bien même une nation se montrerait hostile à la création d’un Etat-Nation sans frontières, par où exactement pourrait-elle commencer pour lui porter atteinte ? La force d’un Etat sans frontières est d’être simultanément partout et nulle part. Impossible dans ces conditions de positionner une ligne de front en un endroit bien déterminé. Impossible de concentrer des forces armées à un endroit névralgique. Reste la possibilité d’attenter à la ferveur et au soutien de quelques membres isolés mais aucune action ne sera jamais assez puissante pour porter atteinte au cœur d’un tel système puisque ce dernier bat avec fougue et d’une manière similaire à des centaines de kilomètres de distance. Un rapport de force mis en œuvre dans le but de nuire à l’Etat-Nation sans frontière ne pourrait alors que se matérialiser par une fuite en avant démente dans le but de maitriser la Résistance, situation qui, bien que non souhaitée par l’auteur de ces lignes, lui semble bien moins au désavantage de l’émancipation qu’un champ de bataille mortifère.  Enfin, contrairement à une sécession territorialisée qui, dans sa lutte contre des menaces extérieures, parie sur la force d’un nombre nécessairement limité d’habitants présents à l’intérieur de ses frontières, il faut souligner que la sécession sans frontières offre mécaniquement la possibilité de fédérer et mobiliser une quantité bien plus importante d’êtres humains. En ouvrant son modèle politique au plus grand nombre, un tel projet pourrait théoriquement atteindre – bien plus rapidement que n’importe quel Etat territorialisé — une taille critique afin de devenir un acteur crédible sur l’échiquier politique international. Quid de la crédibilité et du pouvoir de négociation d’un Etat issu d’une sécession territorialisée sur une zone grande comme une région française en comparaison d’un Etat non territorialisé dont les membres peuvent théoriquement atteindre des millions et disposer d’une présence aux quatre coins de la planète ?

Créer un Etat-Nation sans frontières, c’est donc engager une sécession en ce sens qu’il y a formation d’une nouvelle structure politique autonome, mais c’est aussi le faire d’une façon neuve, d’une façon rarement vue auparavant, d’une façon « soft » et ceci à double titre. Premièrement nous avons un Etat qui ne prétend pas occuper les territoires sur lesquels d’autres se sont jadis empressés de jeter leur dévolu. Deuxièmement nous avons un Etat sans frontières qui, loin de prétendre à aucune forme d’hégémonie totalitaire, reconnait la possibilité d’une double nationalité. En effet, une telle sécession ne saurait être pensée de manière à imposer à chaque citoyen sécessioniste d’abandonner sa nationalité historique. En ce sens il n’y a pas, comme dans les sécessions traditionnelles, une séparation entre citoyens sécessionnistes et le reste de la collectivité. Vous souhaitez conserver votre nationalité Française, Indienne, Italienne, Brésilienne, Allemande en plus d’acquérir la nationalité Ecclésienne ? ok, pas de problème. Pourquoi y en aurait-il ?

La question de la superposition territoriale de systèmes de lois distincts…

Adhérer au concept du « sans frontières » n’est pas une mission impossible mais nécessite un intérêt pour ce sujet d’étude et une honnêteté intellectuelle rare sans être malgré tout inaccessible au commun des mortels. Ainsi à ceux de mes contradicteurs qui argumenteront qu’il semble difficile de faire cohabiter des systèmes de règles différents au sein d’un espace commun (la planète terre en ce qui concerne les membres d’un Etat-Nation sans frontières et un territoire borné par des frontières en ce qui concerne les membres d’un Etat-Nation territorialisé), je souhaite poser les quelques questions suivantes.

La première : êtes-vous certains que les applications pratiques des lois élaborées par un Etat-Nation sans frontières seront nécessairement, dans cent pour cent des cas, incompatibles avec le Droit d’un système territorialisé ? Notez que si votre estimation est inférieure à cent pour cent, alors l’Etat-Nation sans frontières est tout à fait légitime pour créer au moins quelques lois. Or créer quelques lois correspond à un bon début d’émancipation politique. C’est donc une situation meilleure que celle dans laquelle nous végétons depuis de nombreuses années. Pourquoi donc se priver d’amorcer notre salut ?

Deuxième question : les lois produites par les Etats territorialisés s’appliquent-elles toujours uniquement à l’espace situé à l’intérieur des bornes géographiques qui constituent les frontières d’un pays ? passé ces frontières, ce Droit se désintègre-t-il aussitôt ? Est-il nul et non avenu ? Si le Droit des nations territorialisées s’applique en totalité ou en partie au-delà de leurs frontières, cela signifie automatiquement que l’Histoire du Droit a déjà fait face à des superpositions de systèmes de lois distincts. Il n’y a donc ici rien que l’être humain n’ait pas déjà fait, ou tout du moins rien qu’il n’ait pas déjà fait en partie.

Troisième question : La compatibilité du droit est un enjeu fort pour les systèmes totalitaires ayant une propension à légiférer la totalité du cadre de vie des citoyens de la nation. Quid des Etats non totalitaires qui réserveraient leur pouvoir législatif à quelques domaines clés de la vie en collectivité choisis par leurs citoyens ? s’ils légifèrent moins, ils doivent mécaniquement être moins enclins à se superposer avec d’autres systèmes de règles.

Enfin dernière question :  Pourquoi envisagez-vous qu’un Etat-Nation sans frontières puisse trouver un intérêt immédiat à créer des lois en opposition frontale avec celles des Etats territorialisés tant que le premier n’est pas au moins aussi puissant que les seconds ? L’Histoire des relations politiques internationales ne nous apprend-elle pas, à travers les différentes négociations et règlements internationaux, que la compatibilité technique du droit est une problématique secondaire, et que les volontés politiques puissantes prévalent toujours ? Ainsi, tant que l’Etat-Nation sans frontières n’atteint pas une taille critique, il ne semble pas que la mise en place de règles contrevenant au Droit territorialisé soit une bonne idée.  Sauf bien évidemment dans l’éventualité où les règles fixées par un Etat territorialisé deviendraient si totalitaires, si fascisantes, faisant si peu cas de la dignité humaine, qu’il serait alors nécessaire de s’y opposer par la mise en place de règles plus vertueuses. Entre alors en ligne de compte la possibilité d’un agonisme politique entre deux Etats distincts.

Il faut souligner à ce stade que, à l’image de toutes les disciplines scientifiques, la politique incluant son produit principal à savoir les systèmes de règles, est constamment exposée à une remise en question du passé. Précisons qu’avant de devenir une norme, l’objet d’un texte de loi, est initialement une volonté politique qui elle – ne s’embarrasse pas ou peu du système réglementaire préexistant. Les exemples d’actions politiques ayant concourus à modifier significativement le droit en faisant fi des textes antérieurs sont relativement nombreux dans l’histoire de l’humanité et constituent d’ailleurs le fondement essentiel de toute transformation politique d’ampleur (ex: révolution, invasion, occupation, changement de constitution etc…). En France et dans l’Histoire récente, un des exemples les plus marquants est certainement celui de la mise en place de la constitution de la cinquième République qui, en 1958, fait passer la fonction de Président de la République d’un titre honorifique sous la quatrième à un rôle tout à fait central dans les institutions alors nouvellement créées (notamment – et c’est un fait à considérer avec une attention toute particulière à l’aune des évènements observés en France depuis mars 2020 – la possibilité pour le Président de la République de cumuler les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif dans certaines circonstances de « menace grave et immédiate »…). En France, en 2020 et 2021, le chef de l’Etat ainsi que l’ensemble du gouvernement ont décidé de mettre en place de nouveaux textes de loi leur permettant de passer outre le respect des libertés les plus élémentaires et notamment le droit d’aller et venir ainsi que le droit de disposer de son corps. Preuve en est que le droit n’est que la conséquence d’une volonté politique. En réalité, tout changement majeur dans la façon dont les humains souhaitent s’organiser passe nécessairement par une apostasie des textes de loi préexistants. Ceci a été le cas pour le pire et pour le meilleur dans l’histoire de l’humanité : révolution française, abolition de l’esclavage, chute de l’empire romain, printemps arabe, avènement du IIIe Reich, mise en place du régime fasciste de Mussolini, …

Ce qui frappe l’auteur de cet article, c’est de constater la façon dont les personnalités politiques puissantes usent et abusent de ce pouvoir de matérialiser (assez facilement) une volonté politique en loi avec l’effet (recherché ou non) de nuire à l’intérêt général quand le peuple n’exprime (souvent) aucune intention directe de transposer sa propre volonté (expression de l’intérêt général) en loi. Par conséquent, lorsqu’un peuple se pose la question de la compatibilité des lois d’un Etat-Nation sans frontières qu’il s’apprête à construire avec un Etat-Nation territorialisé historiquement bien installé, ceci revient à ce que ce peuple concède publiquement sa dépendance vis-à-vis d’une volonté politique tierce qui ne fait pas grand cas de l’expression de la volonté générale. Il reste alors du chemin à parcourir avant d’atteindre l’émancipation politique. La mise en place d’un Etat-Nation sans frontières requiert indubitablement une certaine forme de courage et de défiance (non nécessairement violente) de la part de ses citoyens vis-à-vis des systèmes de loi préexistants (qui sont justement reniés par les citoyens ayant fait le choix de rejoindre un Etat-Nation différent). C’est d’ailleurs précisément ce courage et cette défiance qui caractérise la prise de responsabilité assumée par les Hommes libres. En ce sens, les citoyens d’un Etat-Nation sans frontières en prise avec un conflit judiciaire imposé par un Etat-Nation territorialisé sont comme des soldats qui défendent une zone libre. Ils doivent assumer (en partie) de tenir un rapport de force avec certains de leurs congénères pour gagner une guerre qui leur est imposée. Celle-ci ne sera pas faite de coups de canon et de champs de bataille mais plutôt d’actions pacifiques de désobéissance civile. En première analyse, les probabilités de victoire de ces résistants dans leur combat pour la liberté reposent largement sur :

·       Le nombre d’individu engagés dans cette action de résistance. Nul besoin d’être une majorité mais à minima un nombre suffisant pour être visible.

·       La capacité de l’Etat-Nation sans frontières à communiquer largement sur les actions de résistance engagées

·       La capacité de l’Etat-Nation sans frontières à soutenir efficacement les résistants afin que ceux-ci puissent tenir le rapport de force jusqu’à la victoire

·       La capacité de l’Etat-Nation sans frontières à influencer le droit des Etats-Nations territorialisés notamment en parvenant à être reconnue en tant que Nation par ces derniers puis en favorisant la reconnaissance de son corpus législatif

En conséquence, il me semble qu’une meilleure formulation de la question « est-ce que le système de loi d’un Etat-Nation sans frontières est compatible avec celui d’un Etat-Nation territorialisé ? » pourrait-être « suis-je capable, en tant que citoyen libre de tenir une ligne de front ? ». Winston Churchill ne disait-il pas : « nous devons notre liberté à des hommes qui ne plient pas, ne s’agenouillent pas, ne se soumettent pas. » ?

Une application pratique du concept d’Etat-Nation sans frontières : le projet Ecclésia

Le projet Ecclésia, c’est donc un collectif ouvert qui réunit des citoyens anonymes désireux de mettre en pratique l’idée d’Etat-Nation sans frontières ainsi que l’idée du RIC Constituant. A nos yeux, l’édification d’un Etat-Nation sans frontières constitue une partie de la réponse à la question soulevée à la fin du texte de fiction évoqué au début de cet article : comment gagner les rivages d’une société plus sincèrement démocratique depuis notre navire en perdition ? Le chemin est nécessairement long, risqué, complexe et jalonné d’incertitudes. Toutefois une seule certitude demeure si nous n’agissons pas : notre navire va sombrer et nous avec.

Il faut donc agir et proposer une solution. Notez que, de notre point de vue, l’Etat-Nation sans frontières est « une » solution et non pas « la » solution unique susceptible de nous permettre de renouer avec la démocratie. Il s’agit de l’issue qui nous a paru la plus logique, la moins violente et la plus en phase avec les valeurs défendues par les initiateurs du projet. Elle est le fruit d’une pensée humaine nécessairement imparfaite donc optimisable. Idéalement, cette idée doit être examinée et « challengée » par plusieurs subjectivités ayant le souhait d’en devenir des co-architectes directs. Par ailleurs, les travaux que nous avons accomplis à date ne prétendent pas proposer un « pont » définitif entre notre navire en perdition et les rivages de la démocratie. Nous en avons construit une partie.  Nous utilisons le temps et les moyens que nous avons à disposition pour faire avancer le plus loin possible ce projet. Plus nous serons nombreux à identifier ces travaux d’édification d’une passerelle géante vers notre salut, plus nous serons nombreux à comprendre sa pertinence, plus nous serons nombreux à prendre la responsabilité de nous remonter les manches pour aider à sa mise en œuvre, plus nous maximiserons les chances d’en faire une solution opérante et capable d’apporter de façon patente les bénéfices théoriquement espérés.

A ce stade de nos travaux, nous ne prétendons pas encore mettre en place de façon effective un Etat-Nation sans frontières car nous avons besoin de rassembler un nombre significatif de futurs citoyens avant de tirer au sort une assemblée chargée d’écrire la future constitution et de la faire voter par référendum aux citoyens de l’Ecclésia. En effet, la poignée de personnes actuellement impliquées dans le projet n’est pas légitime pour créer par elle-même la nouvelle nation que nous espérons voir émerger. Si elle le faisait, il ne s’agirait pas d’un Etat construit démocratiquement mais plutôt d’un Etat construit par une oligarchie. Or notre ambition est bel et bien de faire en sorte qu’une volonté collective la plus large possible enfante l’Etat-Nation sans frontières. Aussi n’avançons-nous pas à proprement parler sur la construction de l’Etat-Nation sans frontières mais plutôt sur plusieurs chantiers qui doivent faciliter sa naissance :

·       Notamment, nous avons déjà commencé des travaux qui visent à formaliser une méthodologie « prête-sur-étagère », une sorte de recette de cuisine la plus complète possible, pour permettre à tout peuple qui souhaite s’émanciper de construire son propre Etat-Nation sans frontières. Cette méthodologie intègre à ce stade une quarantaine de projets et décrit pour chacun d’entre eux : les activités clés à mener, l’équipe projet à mobiliser, le budget nécessaire, les principaux risques à adresser, les interdépendances entre les projets et activités et enfin une estimation de planning.

·       Nous avons également commencé à écrire un livre qui formalise les arguments qui nous amènent à penser que la création d’un Etat-Nation sans frontières est une bonne idée pour vaincre le totalitarisme ambiant. La méthodologie de création d’un Etat-Nation sans frontières sera intégrée à terme dans cet ouvrage. Celui-ci est mis à disposition gratuitement sur notre site web ainsi que sur notre canal Telegram.  Le livre étant en cours de construction, nous publions régulièrement de nouvelles versions amendées des chapitres nouvellement écrits (https://ecclesia-ensf.com/)

 

·       De surcroit, nous avons développé une stratégie afin de rassembler le plus de personnes possible autour du projet Ecclésia (condition sine qua non à la création effective d’un Etat-Nation sans frontières). Cette stratégie a été largement inspirée par les codes du jeu. Elle vise à permettre à tout individu curieux d’en apprendre davantage sur le projet sans pour autant avoir le désir d’y adhérer pleinement dans l’immédiat, d’expérimenter de façon concrète et ludique les bénéfices d’un tel modèle politique. Aussi nous avons développé un jeu de société qui permet à tout un chacun de se familiariser, le temps d’une partie, avec le quotidien d’un citoyen tiré au sort pour participer à l’assemblée citoyenne de l’Ecclésia. L’objectif est de vous placer de façon fictive dans la peau d’un citoyen disposant du pouvoir d’écrire les règles de vie en collectivité. L’objectif est de mettre en exergue que le terme très galvaudé de « politique » englobe deux réalités très différentes : l’une qui concerne les intrigues plus ou moins visibles de conquête du pouvoir, l’autre qui concerne le partage des convictions personnelles et leur matérialisation concrètes en règles une fois le jeu du débat pleinement réalisé. L’objectif est de vous offrir, pendant une heure, la possibilité de renouer avec votre « logos » et votre « praxis »: pensée, parole et action politique. Nous nous déplaçons actuellement dans toute la France pour proposer une partie de jeu à qui le souhaite. Il est possible de s’inscrire en utilisant au choix le framacalc mis à disposition en ligne (https://lite.framacalc.org/jeuecclesia-9y2x) ou en envoyant un mail à ProjetEcclesia@protonmail.com. Dès que nous identifions quatre joueurs géographiquement proches nous vous contacterons pour organiser cette partie. Si le jeu parvient à vous convaincre de l’importance de ce projet, nous vous proposerons de récupérer vos coordonnées afin de vous envoyer régulièrement des nouvelles de l’Ecclésia. Le cas échéant, vous pourriez très bien un jour être recontacté pour vous voir proposer la possibilité de participer à la toute première assemblée constituante à l’origine de la création d’un Etat-Nation sans frontières…

 

·       Enfin, le projet Ecclésia organise deux jeudis par mois des débats citoyens publiques en ligne ouvert à tous. L’objectif est de permettre à qui le souhaite, de s’exercer à pratique du dialogue politique pendant une heure environ. Un thème est proposé et toute personne ayant le souhait de partager un point de vue est invitée à s’exprimer. Pour prendre connaissance des prochaines dates et rejoindre un jeudi de l’Ecclésia, n’hésitez pas à suivre notre canal Télégram (https://t.me/+UAyepcaY8jMzODQ0)  ou notre compte Twitter (https://twitter.com/Ecclesi09191777)

Enfin, nous formons notre « équipe projet » autour de toutes les personnes qui souhaitent y prendre part. Nous ne reconnaissons pas la légitimité des concepts de chef ou de leader. Nous estimons que si l’avantage reproductif de l’Homme (cf. Darwin) réside dans ses facultés de pensée, de parole et d’action, alors il n’existe pas d’être humain si talentueux qu’il soit capable de surclasser les autres dans la pensée, la parole et l’action politique. De la même façon qu’un éthologue étudiant l’espèce des renards ne pourra jamais déduire du fait qu’un individu se distingue par ses aptitudes de chasse que tous les autres membres de cette espèce sont illégitimes pour chasser, personne ne devrait jamais déduire du fait qu’un être humain se distingue dans la pratique de la pensée, de la parole et de l’action politique que les autres membres de notre espèce sont illégitimes à exercer ces facultés. Aussi, et si cela n’est pas suffisamment clair à ce stade de votre lecture, nous invitons toute personne désireuse de renouer avec ses « avantages reproductifs », toute personne désireuse de se réconcilier avec la pratique de la politique, toute personne soucieuse de contribuer à façonner un monde selon ses convictions personnelles, à rejoindre le projet Ecclésia. Nous n’avons pas besoin de diplôme, nous avons besoin de cœurs, de cerveaux et de bras.

Je me dois de conclure cet article en précisant que je serai personnellement en joie de rencontrer toute personne ayant compris les réflexions qui nous guident vers le projet Ecclésia. Je serai aussi en joie de constater que d’autres se saisissent de gagner le rivage du RIC Constituant par tout autre moyen aussi efficace voire plus que le projet Ecclésia. Je me dois également d’indiquer que la conquête d’une société sincèrement démocratique n’est pas notre propriété exclusive. Nous verrions par ailleurs d’un très bon œil le fait que d’autres se saisissent de la question de créer un Etat-Nation sans frontières à eux, qui ne porterait pas nécessairement le nom d’Ecclésia, mais qui serait l’expression de la singularité et de l’émancipation d’un peuple. Le projet Ecclésia ne sera une réussite pleine et entière que le jour où il existera sur terre plusieurs Etat-Nation sans frontières proposant à chaque être humain une possibilité d’adhérer aux pactes sociaux qui leur ressemblent le mieux.

A ce stade de votre acculturation au concept d’Etat-Nations sans frontières et au projet Ecclésia, vous avez entamé un pour cent du plan d’action visant à gagner les rivages d’une société sincèrement démocratique. Le bateau tangue maintenant à quarante-cinq degrés…

Pour contacter les membres du projet Ecclésia : ProjetEcclesia@protonmail.com

 

Au fait, que signifie le mot « Ecclésia » ?

Dans l’antiquité, l’Ecclésia était, à Athènes, l’assemblée des citoyens. Ceux-ci étaient réunis dans l’Ecclésia et disposaient du pouvoir souverain. L’Ecclésia proposait, approuvait ou rejetait les lois et élisait les stratèges. Tous les mois, l’assemblée contrôlait l’action de ses magistrats et pouvait éventuellement les suspendre de leurs fonctions. Surtout au bout de leur mandat, l’Ecclésia pouvait contraindre les magistrats à l’exil pendant dix ans par le vote de l’ostracisme. Tout citoyen qui proposait une loi en était responsable pendant un an : de ce fait, il pouvait être poursuivi en justice par des personnes qui s’estimaient victimes sans raison de la loi.

 

Tout en prenant du recul sur les défauts de la démocratie athénienne et une certaine forme d’extrémisme dans la sanction infligée aux représentants du peuple en cas de manquement à la recherche de l’intérêt général, nous retenons principalement dans l’idée de l’Ecclésia la possibilité pour l’ensemble des citoyens volontaires de s’exprimer directement sur les lois en gestation ainsi que la possibilité de contrôler, par la sanction, l’action des représentants politiques.